L'île d'Arturo, c'est tout l'univers secret de l'enfance et de l'adolescence, mais c'est également, dans le golfe de Naples, l'île de Procida. Arturo y a grandi solitaire et sauvage. Au monde merveilleux des mythes de son enfance, Arturo va peu à peu voir se substituer celui, hostile et pourtant exaltant, des réalités.  Et ce sera dans une atmosphère captivante où la comédie côtoie souvent le drame, à travers des aventures que baigne de poésie le talent d'Elsa Morante, une initiation, qui va jusqu'à l'ultime épreuve, jusqu'à la révélation du dernier et du plus cruel des mystères de la vie.Roman de l'enfance

Elsa Morante déploie, tout au long du roman, une métaphore où l'île et le domaine de l'enfance se fondent harmonieusement; l'alternance de la lumière et de l'ombre à Procida trouve sa résonnance dans la succession des temps d'exaltation et d'abattement qui rythment la vie d'Arturo. Seul le dénouement rompt cet équilibre, quand Arturo se résout à sortir de l'enfance — en quittant l'île, dont la splendeur discrète reste inentamée.
 L'enfance […] constituera, on le sait, le thème dominant [des romans d'Elsa Morante] et, même, de son recueil de poème, Le monde sauvé par les gamins, (Gallimard, 1991), publié en Italie pendant l'ébullition de 1968. » — René de Ceccaty, « Les histoires d'enfance d'Elsa Morante », Le Monde des Livres, 7 août 1998.

L'île de Procida, située dans le golfe de Naples, est pour beaucoup éclipsée par sa proche voisine, Ischia, et surtout par Capri : Procida a toujours été un pays de pauvres pêcheurs et de pauvres paysans, et ses rares palazzi étaient tous, inévitablement, des couvents, des églises, des forteresses ou des prisons.

Ce particularisme est accentué par la présence, au cœur de l'île, du pénitencier et par la sourde emprise qu'il exerce sur la population et sur les protagonistes du roman : Les seuls habitants de l'île qui ne semblassent pas susciter le mépris et l'antipathie de mon père étaient les invisibles et anonymes prisonniers du Pénitencier. Bien plus, certaines de ses manières de Romantique et d'être maudit pouvaient me laisser supposer qu'une sorte de fraternité ou de tacite complicité le liait non seulement à ceux-ci mais à tous les forçats et à tous les emprisonnés de la terre. Et moi aussi, bien sûr, je prenais parti pour eux, non seulement pour imiter mon père, mais à cause d'une tendance naturelle que j'avais et qui me faisait voir dans la prison une monstruosité aussi injuste et absurde que la mort.

Procida, sous tous ses aspects, est donc objet de passion, pour Arturo. Quand il se décide à partir — à fuir ? — il souffre autant d'imaginer le mal de vivre exilé sur le continent qu'à l'idée que l'île continuera à vivre après son départ : l'affreuse jalousie qui me remplissait d'amertume, c'était la suivante : de penser à mon île de nouveau embrasée par l'été, sans moi ! —
l’île d’Arturo d’ Elsa Morante (1918-1985), chef d’œuvre de la littérature italienne fut écrit en 1957 par celle qui fut pendant vingt ans l’épouse de l’écrivain Alberto Moravia lequel l’admirait éperdument. Le roman décrit la nostalgie douloureuse, tragique, poétique, d’un royaume perdu de l’enfance et du narcissisme où n’ont cours ni le temps, ni la douleur ni la mort vers la découverte des femmes et du monde adulte.

Premio Letterario "Procida, Isola di Arturo, Elsa Morante".Arturo, s’arrachera au paradis insulaire de Procida, l’île du golfe de Naples où il a grandi, et au monde imaginaire du père tout-puissant. Une mère morte à sa naissance, un père inaffectif, absent le plus souvent et Arturo évolue, sauvage et solitaire. Rien ne le prépare à. pénétrer sous l’influence de l’amour des femmes, de la sexualité dans un autre monde où il ne trouvera plus personne à idolâtrer. A découvrir ce qu’il vivra comme l’univers faux et trouble, hostile et exaltant, des adultes. L’initiation se déploiera, dans une atmosphère captivante, à travers des aventures enfantines que baigne de poésie le style d’Elsa Morante, vers l’ultime épreuve , celle de la révélation du dernier et du plus cruel des mystères de la vie, l’amour.

« Sans les femmes , l’existence serait une jeunesse éternelle ; un jardin ! On serait beau, libre et insouciant et s’aimer voudrait dire seulement : se révéler l’un à l’autre toute la beauté qu’on a . L’amour serait un ravissement désintéressé , une gloire parfaite , comme se regarder dans le miroir ; il serait…une cruauté naturelle et sans remords , comme une chasse merveilleuse dans un bois royal. Le véritable amour est ainsi : il n’a aucun but et aucune raison et ne se soumet à aucun pouvoir qui n’est pas la grâce humaine. L’amour des femmes, au contraire, est un esclave du destin qui travaille pour perpétuer la mort et la honte »
Amoureux fou de sa toute jeune belle-mère, Arturo s’enfuiera en bateau de Procida, l’île a perdu sa valeur de terre protégée de l’enfance. « Je préfère faire comme si mon île n’avait jamais existé »
Le navire d’Arturo appareille vers le large pour gagner le continent et fuir l’amour incestueux insulaire menaçant. Arturo, désormais a perdu son île : « Autour de notre navire, la mer était tout entière uniforme, infinie comme un océan. On ne voyait plus mon île »

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