Aimez-vous Brahms…

Aimez-vous Brahms ? est paru en 1959 et a été adapté au cinéma avec Ingrid Bergman, Yves Montand et Anthony Perkins en 1960.

 

Paula Tessier, architecte d'intérieur, jouit de la consécration sociale que procure une indéniable réussite professionnelle. Cependant, son amant, Roger Demarest, la délaisse et se disperse auprès de conquêtes bien plus jeunes qu'elle. Paula souffre de ces infidélités répétées. Elle s'amourache du fils d'une cliente, Philip Van der Besh, de quinze ans son cadet. A sa grande surprise, le jeune homme répond à ses avances et lui avoue qu'il nourrit les mêmes sentiments. Roger commet une incartade de trop et Paula et Philip deviennent amants. Partagée entre deux amours, Paula n'hésite cependant pas longtemps lorsqu'il s'agit de faire un choix définitif. Le retour inespéré de Roger force sa décision...

 

Paule se mira dans son miroir et y vit « une autre Paule passionnément préoccupée de sa beauté et passant difficilement du rang de jeune femme au rang de femme jeune ». Cette phrase, mélancolie soutenue, si pleine de la « petite musique » chère aux admirateurs de Françoise Sagan, donne la note de ce si célèbre roman, porté à l’écran par Anatole Litvak.

Paule… décoratrice de mode délaissée par son amant, adorée par un jeune homme de quinze ans son cadet, inquiète, hésitante au seuil d’une nouvelle liaison – amour, passion, toquade ? –, tourmentée par un désir désespéré de bonheur, de jeunesse… Une femme de (presque) quarante ans dont Sagan nous livre ici le portrait tendre, ironique, lucide.

"Paule contemplait son visage dans la glace et en détaillait les défaites accumulées en trente-neuf ans, une par une, non point avec l'affolement, l'acrimonie coutumiers en ce cas, mais avec une tranquillité à peine attentive. Comme si la peau tiède, que ses deux doigts tendaient parfois pour souligner une ride, pour faire ressortir une ombre, eût été à quelqu'un d'autre, à une autre Paule passionnément préoccupée de sa beauté et passant difficilement du rang de jeune femme au rang de femme jeune : une femme qu'elle reconnaissait à peine. Elle s'était mise devant ce miroir pour tuer le temps et - cette idée la fit sourire - elle découvrait que c'était lui qui la tuait à petit feu, doucement, s'attaquant à une apparence qu'elle savait avoir été aimée."(p.9)

 

 

"Elle n'avait envie de rien. Et elle avait peur de rester seule deux jours. Elle haïssait ces dimanches de femme seule : les livres lus au lit, le plus tard possible, un cinéma encombré, peut-être un cocktail avec quelqu'un ou un dîner et, enfin, au retour, ce lit défait, cette impression de n'avoir pas vécu une seconde depuis le matin." (p.42)

 

 

"Les hommes sont inconscients, pensait Paule sans amertume. "J'ai tellement confiance en toi", tellement confiance en toi que je peux te tromper, te laisser seule, et qu'il n'est pas possible que le contraire arrive. C'est sublime." (p.59)